Hors Champ, L'Animation Socioculturelle en Tunisie

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L’Inspecteur de la jeunesse. Des Rapports et des formulaires

Si on regarde de près ce qui s’est passé ces dernières années en Tunisie, beaucoup de questions s’imposeront. On a vu des jeunes capables d’organiser des manifestations et des rassemblements monstres en utilisant les réseaux sociaux sur le net, on a vu des groupes de musique rap contestataires se former, capables d’enregistrer leur musique et de la diffuser en utilisant à fond le numérique, on a vu l’émergence de nombre de blogs où les jeunes criaient haut et fort leur amertume. Mais tout cela s’est passé en dehors des institutions de jeunesse supposées être des espaces d’échanges, d’expression et de créativité.

On peut avancer que ces institutions sont en décalage avec les jeunes de par leur fonctionnement interne, les programmes proposés, et le « dispositif » d’animation en place, ce qui amène le groupe de jeunes à se former ailleurs et à s’exprimer ailleurs.

Question : Qui est responsable de cet état des faits et de la stratégie des institutions de la jeunesse qui a abouti à ce résultat ? Il fut un temps où la politique a tout monopolisé et chercher les responsables c’est impliquer tous les acteurs qui étaient de gré ou de force appelés à obéir à exécuter et à ne pas réfléchir.

Mais maintenant que les temps ont changé, une remise en question est nécessaire et que les acteurs principaux « revoient leurs copies ».

Les premiers responsables du fonctionnement « pédagogique » des institutions sont les animateurs et les inspecteurs. Ils sont les seuls à travailler sur le terrain, à côtoyer les jeunes, à connaitre les environnements et leurs caractéristiques. Il leur revient donc la lourde tâche de mettre en place des projets d’animation qui réconcilient les jeunes avec les institutions en faisant jouer à ces dernières leurs rôles premiers.

Il est vrai que c’est l’animateur qui est en relation directe avec le jeune, qui est responsable des activités à mettre en place, et des pratiques pédagogiques. Mais c’est l’Inspecteur de jeunesse qui a la responsabilité d’accompagner cet animateur, de réfléchir avec lui, de le former, de le suivre, d’évaluer son travail pour l’améliorer.

En fin de compte, c’est l’inspecteur qui « doit penser » le changement, l’évolution continuelle des pratiques de l’animateur pour que tout le système suit et soit en adéquation avec l’évolution de la société et par conséquent l’évolution des jeunes.

Des Rapports et des formulaires

Un rapport est un réel document de travail, seulement il ne peut le devenir que s’il rapporte des faits qui peuvent être analysés, lus et interprétés pour permettre une évaluation qui elle-même doit aboutir à des conclusions, des propositions, voire même des solutions.

Seulement quand on sait que les rapports ne sont considérés que comme un ensemble de feuilles qui témoignent que l’inspecteur fait son travail et que leur seule destinée est une boîte d’archive au nom de l’inspecteur, l’utilité de ces pseudo-documents est à remettre en question.

Si un comptage des rapports envoyés par l’inspecteur prime sur le contenu le problème devient grave.

Le rapport que réalise un inspecteur lors d’une inspection, d’un suivi, d’une réunion ou formation ou autre activité est un élément » valorisant de l’inspecteur puisqu’il découle normalement de tout un travail, d’observation, de prise de notes, de collecte d’informations, de croisement d’information, classification pour établir une hiérarchie qui ferait émerger l’ordre de pertinence des informations et delà établir une synthèse qui autoriserait la véritable évaluation de l’action sujette du rapport.

Si ce travail-là ne bénéficie à personne, on se demande pourquoi le faire ? Et pourquoi l’inspecteur est tenu de le communiquer s’il ne pourrait avoir de feedback sous n’importe quelle forme (prise de décision, proposition de solutions, etc.) ?

Pour ce qui est de la forme du rapport, là on est confronté à un tout autre problème aussi important que le contenu puisque simplement il le conditionne. Depuis des années l’administration centrale s’est évertuée à trouver et des fois à imposer des formulaires pour uniformiser les rapports qu’élaborent les inspecteurs. Et là on « tombe à pic » sur l’épineuse question : si la forme du rapport est imposée et uniformisée, et vu la nature de notre domaine (avec tous ses aléas) l’inspecteur se trouverait à chaque fois face à un dilemme qui ne peut que brider son travail.

A y voir de plus près, les formulaires limitent toute l’approche méthodologique de l’inspecteur et le contraignent à formuler de simple remarque à propos « d’éléments » qui peuvent n’avoir aucune importance et cela aux dépens d’autres beaucoup plus importants.

Animer une réunion, une session de formation, faire une visite d’institution, une visite d’animateur, un accompagnement, une inspection, sont entre autres des opérations qu’opère l’inspecteur. Elles ne se ressemblent pas, ni dans leurs déroulements, ni dans la façon d’en rendre compte ni même dans leurs évaluations.

Lors d’une réunion l’inspecteur est essentiellement axé sur la communication, les échanges, les productions d’idées, les approches, etc. Alors que lors d’une inspection, il est centré sur tout le travail fourni par l’animateur, l’aménagement de l’espace, l’évolution de la séance, la ou les méthodes d’animations choisies, bref tout ce qui touche à la dynamique de groupe.

Le suivi d’une manifestation « amène » ses propres contraintes d’observation pour l’inspecteur, tenir compte de la préparation de la manifestation, ses objectifs, les choix d’activités par rapports à ces objectifs, la compagne d’information, le déroulement avec tout ce que cela suppose (aménagement de l’espace, préparation du matériel et équipements, gestion des groupes de travail, gestion du temps, les prolongements, etc.).

Rien qu’à partir de ces trois exemples, il est clair que le rapport à faire pour chaque opération ne ressemble en rien aux autres ni d’un point de vue forme ni contenu. Alors comment faire quand on a des formulaires standardisées dont la seule qualité sont les informations redondantes (l’animateur, l’institution, la date, etc.) ?

Et pour clore cette partie du présent rapport, encore une autre question. Comment comprendre qu’on continue à privilégier le papier aux dépens du numérique, avec tout ce que dernier apporte comme solutions de partage, d’échanges, de gain de temps, de préexploitation des informations, d’évaluations plus poussées etc. ?



13/06/2013
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